Des bracelets et des colliers en perles, enfilés à la main par Maëlle, surfeuse du Pays bigouden. Chacun porte le nom d’une heure de la marée ou de la lumière, et aucun modèle n’arrive ici sans avoir fait ses sessions.

L’estran est la partie du littoral comprise entre les plus hautes et les plus basses mers, que la mer couvre et découvre au rythme des marées.
Enfant, Maëlle passait ses marées basses sur l’estran, le nez au ras du sable. Aujourd’hui, c’est la bande de sable et de granite qu’elle traverse, planche sous le bras, pour rejoindre le line-up. Ses bijoux vivent au même rythme : couverts par la mer, découverts, puis couverts encore. Ils ne pouvaient pas porter un autre nom.

J’ai grandi dans le Pays bigouden, près de La Torche, dans une maison où l’annuaire des marées ne quittait pas la table de la cuisine. À marée basse, je filais sur l’estran ramasser les morceaux de verre polis par la mer. Le soir, je les classais par couleur dans des bocaux, sur le rebord de ma fenêtre : bleu, turquoise, blanc givré, et l’ambre, mon préféré.
J’ai appris à surfer là-bas et je n’ai jamais arrêté. Mes bijoux, eux, ne suivaient pas. Des fils qui lâchaient en plein duck dive, des fermoirs qui rouillaient au fond du sac, un bracelet avalé par la mousse en sortant de l’eau. J’ai fini par surfer les poignets nus, et ça me manquait.
L’hiver 2024, entre deux sessions en 4/3, les doigts encore gourds, j’ai commencé à enfiler mes propres perles sur du fil de nylon tressé, avec des fermoirs en acier inoxydable. C’était pour moi. Puis les copains et les copines du line-up m’en ont demandé, l’un après l’autre, sur le parking, la combi roulée à la taille.
Estran est née en 2026. Mes journées se calent toujours sur la marée : dawn patrol quand elle le permet, l’atelier ensuite. Chaque modèle part d’une heure que je connais par cœur. La marée basse qui découvre le granite et les laminaires. Le sable mouillé sous les pieds quand on remonte. L’écume restée sur la plage. L’heure dorée, quand le soleil descend sur la dernière vague. Le bijou en garde le nom et les couleurs.
Petite, je triais le verre de mer par couleur. Aujourd’hui, je fais pareil avec des perles.Maëlle, fondatrice d’Estran
Chaque bijou est enfilé à la main dans un petit atelier près de la plage. Voici le chemin d’un modèle, des premières couleurs posées sur l’établi jusqu’au test dans l’eau.

Tout part d’un moment de la marée ou de la lumière. L’heure dorée, c’est miel, ambre et sable. La marée basse, un dégradé de bleu océan, de turquoise et de sable. Je déplace les perles jusqu’à retrouver la bonne lumière.
Des perles de verre de 4 mm, qui gardent leur couleur au soleil et ne craignent pas l’eau salée. Des perles heishi en argile polymère, tons sable et écume. Des perles de culture d’eau douce, baroques pour Écume, chacune un peu différente.
J’enfile chaque perle sur du fil de nylon tressé. Sable mouillé, lui, est monté sur un fil élastique renforcé, sans fermoir. Les autres se ferment avec un mousqueton en acier inoxydable, qui ne rouille pas, et une chaînette pour régler la longueur.
Chaque nouveau modèle fait des sessions avec moi avant d’entrer dans la collection : duck dives, eau froide, sable, soleil. S’il frotte, gêne à la rame ou lâche, il repart à l’atelier. Après la mer, un rinçage à l’eau douce suffit.
Tu regardes l’annuaire des marées avant ton agenda. Tu enfiles ta combi dans le vent du parking, puis tu surfes, tu fais du bodyboard ou tu nages en mer, toute l’année. Alors ces bijoux sont pour toi, et tu n’as pas à les enlever. Une réserve : les perles d’eau douce n’aiment ni le chlore ni la crème solaire. Pour la piscine, laisse-les au sac.
Heure dorée, Sable mouillé, Marée basse ou Écume : choisis ton moment, au poignet ou autour du cou. On se croise au line-up.